À l’occasion du WordCamp Bretagne tenu à Rennes, la toute première édition régionale et bretonne du rassemblement de la communauté WordPress, BDM a rencontré Jean-Baptiste Audras, acteur incontournable de cet écosystème dynamique. De l’importance de rencontrer la communauté à l’occasion de ces événements au futur du CMS, il nous a livré sa vision sur celles et ceux qui font vivre WordPress.

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Jean-Baptiste Audras, Core Committer WordPress

Jean-Baptiste Audras est directeur technique chez Whodunit, agence spécialisée WordPress, et Core Committer pour le célèbre CMS. Dans le web depuis 2003, il a rejoint Whodunit, où il est chargé de définir la stratégie technique et d’assurer la qualité des sites livrés. Au sein de la communauté WordPress, il a contribué à l’accessibilité, à la traduction et à la gestion du CMS et du site francophone avant de devenir Core Committer, l’un des développeurs ayant accès au code source du CMS.

Pouvez-vous vous présenter rapidement à nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Je travaille dans le web depuis plus de 15 ans et j’ai installé mon premier WordPress en 2005. Depuis, je n’ai jamais cessé de l’utiliser. Cela fait maintenant 8 ans que je suis directeur technique chez Whodunit, une agence spécialisée WordPress. Je m’occupe de gérer, de définir la vision technique et la vision technologique à long terme de l’entreprise, c’est-à-dire les choix technologiques qu’on fait et qu’on fera pour pouvoir se positionner dans l’écosystème de WordPress.

En plus de mes responsabilités chez Whodunit, je suis aussi Core Committer pour WordPress. Cela signifie que je fais partie de la trentaine de personnes dans le monde qui ont les clés du code source du CMS et qui peuvent déployer les évolutions proposées par la communauté. Mon rôle est donc de garantir la qualité du code et d’orienter les choix technologiques pour le futur de WordPress.

Qu’est-ce que cela implique d’être Core Committer pour WordPress ?

Être Core Committer, c’est avant tout un engagement dans la communauté open source. Cela signifie non seulement contribuer au développement du CMS, mais aussi gérer des projets, modérer des discussions techniques et s’assurer que chaque mise à jour respecte les standards de qualité que la communauté s’est fixés. C’est un travail de longue haleine, mais très gratifiant, car il permet de faire évoluer un outil utilisé par plus de 40 % des sites web dans le monde.

Ce WordCamp breton est une première pour la région. Quels étaient les objectifs de cet événement ?

Le principal objectif d’un WordCamp est de rassembler la communauté WordPress. C’est un moment pour se rencontrer, échanger et partager nos expériences. WordPress est avant tout une communauté open source, donc il est essentiel de se retrouver physiquement pour renforcer ces liens, surtout dans un contexte où nous travaillons tous à distance toute l’année.

Le WordCamp Bretagne, qui est le premier WordCamp régional en France, a permis de réunir des contributeurs et utilisateurs de toute la région et d’ailleurs. Cela montre aussi que la communauté bretonne est très active, tout comme elle l’est à l’échelle nationale. Avant, les WordCamps étaient uniquement rattachés à des villes comme Lyon, Marseille ou Paris, mais cette édition régionale marque un tournant en rendant l’événement plus inclusif et accessible.

Pourquoi choisir la Bretagne pour ce premier WordCamp régional ?

La Bretagne a une communauté très dynamique et impliquée. Nantes, par exemple, est un pôle important pour les utilisateurs et contributeurs de WordPress, même si certains diront que ce n’est pas vraiment en Bretagne (rires). Mais au-delà des rivalités géographiques, l’idée était de rassembler tous les utilisateurs et passionnés bretons de WordPress, qu’ils viennent de Rennes, de Brest ou de petites villes.

Cela permet également de faire découvrir la région aux participants venus d’ailleurs, puisque nous avons eu des personnes venant de toute la France et même de l’étranger.

Quels sont les grands défis actuels de la communauté WordPress ?

L’un des plus gros défis de ces dernières années a été l’introduction de l’éditeur de blocs Gutenberg. Cela a complètement redéfini la manière de concevoir et de gérer du contenu sur WordPress. Aujourd’hui, Gutenberg est largement adopté et enseigné, mais il a fallu du temps pour que les agences et développeurs s’y adaptent.

Désormais, le principal défi est l’évolution vers le full site editing, qui permet de modifier tout le site avec des blocs. C’est une transformation majeure pour WordPress et cela demande aux acteurs du marché de revoir leurs pratiques et de se former aux nouvelles fonctionnalités. Enfin, la gestion de la qualité du code reste un enjeu important pour maintenir WordPress comme un CMS à la fois accessible, performant et sécurisé.

Comment expliquez-vous le succès de WordPress par rapport aux autres CMS ?

WordPress a toujours mis un point d’honneur à démocratiser la publication de contenu. Il n’est pas seulement destiné aux développeurs expérimentés, mais à toutes celles et ceux qui veulent créer un site sans avoir de compétences techniques poussées. Cela a été rendu possible grâce à une grande communauté de contributeurs, des milliers d’extensions et de thèmes qui permettent de tout personnaliser. C’est ce souci de rendre la publication accessible qui a fait le succès de WordPress, plus que sa simple popularité.

Quelles sont les nouveautés les plus attendues dans les prochaines versions ?

Il y a deux grandes évolutions à surveiller. La première concerne les fonctionnalités collaboratives, qui permettront de modifier du contenu à plusieurs. La deuxième, très attendue, est l’intégration du multilingue natif. Beaucoup de sites ont besoin de gérer plusieurs langues et, actuellement, cela nécessite des extensions. Le multilingue est une priorité pour la communauté, mais il dépend de la mise en place de certaines fonctionnalités techniques, notamment collaboratives, donc l’ordre de déploiement suit cette logique.

En tant que responsable qualité, quel est l’enjeu principal pour le développement de WordPress ?

Le web doit se structurer davantage en tant qu’industrie, avec des normes et des contrôles qualité comparables à ceux de l’aéronautique ou de l’agroalimentaire. Aujourd’hui, la qualité dans le web est encore très balbutiante. Heureusement, on voit des progrès avec des réglementations comme le RGPD ou les obligations en matière d’accessibilité qui arriveront en 2025. C’est à la communauté de pousser dans ce sens pour faire du web un espace toujours plus sûr et accessible.

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